Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 10:53
Comme à chaque fin d'année : sacrifier aux divers rituels qui encombrent le quotidien.
Parmi ces rituels, les sacro-saints questionnaire et autres rétrospectives dont est friande la presse. Comme s'il fallait absolument se prononcer sur toutes choses, comme si tout s'arrêtait soudainement et que d'un regard, ample et majestueux, on pouvait embrasser une année entière. Là où il faudrait entrer dans le détails, fouiller les sous-sols et les combles, faire (re)vivre une mémoire assoupie.
Face à ça, plusieurs stratégies possibles. L'une d'elle consiste à ne pas répondre. Une autre à feindre ne pas avoir compris les questions et répondre comme bon nous semble, c'est à dire à côté, dans la marge, là où il fait bon être en Algérie. Botter en touche en somme.

Exemple :

El Watan, Arts & Lettres, Jeudi 27 décembre 2007

(http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=83527)


1 – Quel regard portez-vous sur la vie culturelle et artistique (en général) en Algérie  au cours de l’année 2007 ?

Comme toujours : des espérances puériles et folles suivies de grandes déprimes et de graves désillusions. Peut-être est-ce l'inverse, je ne sais plus.

 

2 – Par rapport à votre  discipline ou domaine d’activité, que diriez-vous ?

J'aurais envie de répondre "voir question précédente", mais non. De belles choses tout même : la production de livres en arabe dans le cadre de "2007, Alger…" De moins belles comme la pagaille qui entoure, inévitablement, le Salon International du Livre d'Alger.

 

3 – Quelle est l’œuvre littéraire ou artistique (ou la manifestation) qui vous a le plus marqué cette année ? 

Deux romans : Hôtel St Georges de Rachid Boudjedra, qui montre comment un écrivain, au fond, écrit toujours le même livre, au risque de se répéter; le dernier roman d'Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père, pour son magnifique titre uniquement car je ne l'ai pas encore acheté vu le prix exorbitant auquel il se négocie dans les librairies d'Alger. Du reste je ne pourrais plus écrire un roman qui s'appellerait Nulle part dans la maison de ma mère. Tant pis, je trouverais un autre titre.

 

4 – Quels sont vos attentes et vos espoirs pour 2008 ?

 J'ai les attentes d'une adolescente effrayée et innocente qui croit que tout est possible dans la vie – y compris l'amour – sauf que j'ai le sentiment – parfois – d'avoir la lucidité désabusée d'un importateur de pomme de terre à qui on ne la fait plus et qui sait très bien, qu'à notre époque, il ne faut plus rien attendre. Ou alors attendre Godot. Mais qui est Godot? Et en Algérie, aujourd'hui? Grave question. La seule peut-être qui mériterait d'être posée en vérité.

Par Sofiane Hadjadj
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Profil

  • Sofiane Hadjadj
  • En pure perte
  • Né à Alger en 1970. Fondateur avec Selma Hellal des [éditions barzakh]en 2000 à Alger, consacrées à la littérature algérienne contemporaine. Auteur de fictions, de chroniques de presse et radio.

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